Le Beffroi
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Le Beffroi est dans une ville un monument qui rend présent aux populations le souvenir de leur liberté commune.

On trouve l'existence du premier Beffroi de Doullens, dans un titre de 1275 qui mentionne d'après l'abbé Delgove "un beffray s'élevait à Doullens au-dessus du moulin Fromentel sur la Grouches". Ce qui correspond aujourd'hui à l'angle formé par les rues du pont-Maurice et du Pont-à-l'avoine.

Dans la rue du Bourg, vers la même époque, une autre tour sert de demeure, d'abord aux comtes de Ponthieu, puis ensuite aux seigneurs de Beauval qui donnent leur nom à la tour : c'est le siège de la Châtellenie. De chaque côté de cette tour, sont édifiés de grands appartements dénommés : hôtel de Beauval.

C'est en 1363, que la commune se rend propriétaire de la tour de Beauval qui devient le nouveau beffroi. Sa transformation a lieu en 1386 et se complète en 1406 par l'aménagement d'une chapelle.

Au début du XVe siècle, on construit plusieurs salles destinées à l'hôtel de ville. En 1417, dans celle de l'échevinage, les envoyés du Duc de Bourgogne concluent avec des habitants de Doullens un traité d'alliance.

En 1507, les coutumes locales de Doullens y sont rédigées avec Jean Le Boin, comme maïeur de la ville.

1522, le Beffroi est très endommagé lors de l'incendie de la cité. Les espagnols ne l'épargnent pas non plus en 1595.

En 1613, l'édifice est presque en ruines, suite à l'incendie de 72 maisons. Toutes les archives sont détruites. Aussitôt sans perdre leur courage, les doullennais s'attaquent à sa reconstruction. La façade extérieure en pierres et en briques à bossage, date de cette époque.

Au rez-de-chaussée : 4 ouvertures donnent sur la rue du Bourg :

la porte cochère ouvre sur un grand magasin pour les troupes
le corps de garde
la porte d'entrée principale
la prison.

Au premier étage, se trouve la chambre de la Prévôté et derrière elle, celle de l'élection. A droite de l'escalier, on entre dans la chambre de la ville. Enfin, un couloir conduit à la chapelle, dans laquelle une trappe permet aux prisonniers d'entendre la messe.

Le haut de la tour est aménagé pour le guet. Paul Rudet a recensé la liste des guetteurs de 1610 à 1736. Le dernier qui a exercé ce métier d 1724 à 1736 s'appelait Raymond de Gauguerand.

Mais ce qui reste la principale utilisation du Beffroi, c'est d'abriter les cloches qui rythment notre vie quotidienne.

Les archives de 1829 et 1835 témoignent de l'existence d'un carillonneur, à qui on fournissait des cordes, et quelquefois un salaire.

La cloche la plus célèbre s'appelle Jeanne d'Auxi dont l'histoire est racontée par Hyacinthe Dusevel.

En 1635, Jean de Rambures, gouverneur de Doullens, enlève aux Espagnols un chariot chargé de deux cloches prises à l'église d'Auxi. L'une d'elle porte le nom de Jeanne d'Auxi et date de 1541. La garnison ayant cédé à l'échevinage de Doullens, ses droits sur la plus grosse, les mayeurs et les échevins la font monter au Beffroi, la font mettre aussitôt en branle et ne cessent pendant plusieurs jours d'en admirer les sons, enchantés qu'ils sont d'une aussi belle acquisition. Les habitants d'Auxi ne sont guère contents, et dès le lendemain de la défaite des espagnols, ils viennent réclamer leur cloche à l'hôtel de ville de Doullens. On refuse de la rendre. Un premier procès, qui a lieu à Abbeville, condamne e maire et les échevins de Doullens à rendre la cloche. En appel, un arrêt du parlement de Paris, confirme la sentence.

L'échevinage se réunit et décide dans sa haute sagesse de garder la cloche, mais il offre d'en payer le prix. Par amour de la paix, les habitants d'Auxi acceptent cette transaction. Et Jeanne d'Auxi reste à Doullens. Refondue en 1774, elle est encore suspendue en 1986 dans notre Beffroi avec l'inscription suivante :

"L'an 1774, au mois de septembre, sous le règne de Louis XIV, M. Le comte Lannoy, gouverneur de cette ville de Doullens, M. Le comte d'Agay, intendant de Picardie, M. Coulau de Boisserand, chevalier de Saint-Louis, maire, Gosset lieutenant, Dequen, Duflos, Buttin et Decloy, échevins, Petit et Dieulouard assesseurs, Le Senné, procureur du Roi, Cottin, greffier et Buttin, receveur".

Des personnages illustres viennent rendre visite à notre Beffroi. Le Cardinal de Richelieu y séjourne en 1640, pendant le siège d'Arras. Le Roi Louis XIV, y couche avec le Dauphin, le 1er avril 1678.

1781 : reconstruction de la partie supérieure du Beffroi, démolition des salles, de la prévôté royale, de l'élection, du grenier à sel, des traites foraines et de la justice patrimoniale, ainsi que de la chapelle. Les fenêtres sont murées à la révolution en 1790.

Le 20 octobre 1861 : "l'Authie" écrit :

"La restauration de la partie supérieure du Beffroy touche à sa fin, et la nouvelle horloge offerte par M. Thélu, ne tardera pas à être mise en place. Cette restauration faite d'une manière intelligente, a fait disparaître le mur triangulaire adossé au côté gauche de la tour et qui donnait au monument un aspect si désagréable. Ainsi rajeuni, notre vieux beffroy fait encore très bonne figure".

Depuis son existence le Beffroi a été restauré de nombreuses fois, et le coût toujours très élevé des réparations, a fait hurler plus d'un conseil municipal.

Le 18 mai 1966, la façade de l'ancienne maison communale, la tour et le Beffroi en charpente sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Une décision qui soulage les finances municipales et qui permet à Doullens de préserver le plus vieux témoin de la cité.

1970 : Le conseil municipal autorise le syndicat d'initiative à prendre possession pour ses permanences de la salle centrale, croisée d'ogives. L'idée d'associer l'histoire avec le tourisme est très appréciée des visiteurs.

En juillet 1979, a lieu l'inauguration de la dernière restauration du Beffroi. Peut-être aurons nous un jour la possibilité d'accéder au sommet du Beffroi, et de contempler notre ville, qui prend alors une autre dimension. On aperçoit mieux le style d'architecture de toutes les maisons de la rue du Bourg, en regardant au dessus des vitrines commerciales.

L'architecture est basée sur l'esthétique des bossages avec une alternance de briques et pierres très en vogue sous Henri IV et Louis XIII et qui donne un charme discret à notre ville. Les façades décoratives font partie du patrimoine architectural, qu'il est indispensable de conserver.

Aujourd'hui, il est possible de concilier le respect du patrimoine avec la publicité commerciale. Les banques comme le crédit agricole et le crédit mutuel ont impulsé un mouvement dans ce sens.

La Ville