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Depuis que Doullens a été érigée en ville, trois églises paroissiales
ont été édifiées, avec chacune un cimetière : l'église Saint-Martin, l'église
Saint-Pierre et l'église Notre-Dame. Cette dernière, consacrée par l'archevêque
de Canterbury en 1170, existait 32 ans avant la date de la charte communale
(1202).
L'église Saint Pierre a intéressé tous les historiens de Doullens :
Delgove, Warmé, Hyacinthe Dusevel, ont écrit son histoire. La brochure la plus
intéressante émane de Georges Durand en 1887.
Les moines de l'Abbaye d'Anchin construisent d'abord une chapelle qui devient
vers 1180, sous le vocable de St-Sauveur, une église ayant la forme d'une
basilique. Vers l'an 1230, l'église change son nom et se place sous
l'invocation de St-Pierre.
La principale originalité de l'église de Saint-Pierre est constituée par
son triforium, sorte de galerie ogivale extérieure, qui développe sur la face
Nord ses élégantes arcades et ses légères colonnettes d'un effet gracieux.
De jolis piliers séparent les bas côtés dans le sens de la largeur, avec
leurs moulures, leurs volutes aux angles et leurs feuilles à trois lobes.
M. Lenormand, archéologue a écrit quelques notes parues dans
"l'Authie" de juillet 1935.
"Ce qui frappe tout de suite le regard du visiteur de St-Pierre, ce sont
ces colonnes gréco-romaines, qui n'ont aucune parenté avec l'édifice. Ce
n'est pas un fait unique de trouver des colonnes païennes dans des églises du
XIIe siècle mais je n'ai vu nulle part ces colonnes utilisées à l'oeuvre-vive...
il fallait des raisons sérieuses pour que les architectes de cette époque
abandonnent les règles d'ordonnance du style".
M. Lenormand prétend que si les colonnes avaient été transportées, elles
auraient servi à la décoration. Il conclut ses notes ainsi : "Je formule
l'hypothèse que les constructeurs de St-Pierre de Doullens se sont trouvés en
présence de ruines solides d'un édifice romain préexistant dont, pour des
raisons de temps ou d'économie, ils ont utilisé fondations et colonnes sans
rien changer. L'emplacement actuel de l'église ne représente que le péristyle
qui était en gradins".
L'église St-Pierre de Doullens doit-être construite sur l'emplacement même
d'un édifice païen, dont les assises ont reçu sans transformation, la
construction du XIIe et XIIIe qui existe
aujourd'hui".
Poursuivons notre description :
Un bas-relief est encastré dans le mur extérieur du bas-côté sud. Malgré
la détérioration de la pierre, on distingue encore une ascension. Les
inscriptions mentionnées par Durand ont complètement disparu.
En 1522, les impériaux saccagent tout, et enlèvent même les cloches pour
les fondre et en faire des canons.
Aux heures tragiques du 31 juillet 1585, pour échapper au massacre des
espagnols, quelques habitants parviennent à se cacher dans l'église. Mais les
espagnols poussent le meurtre jusqu'au pied de l'autel. L'église est incendiée
et n'a plus de toit. Pendant de longues années, la consolidation de l'église,
exige des travaux qui sont effectués par morceaux, suivant les revenus
disponibles. En 1692, on répare les murailles et les couvertures, on démolit
le clocher pour établir une nouvelle tour. On la bâtit légère et on l'agrémente
de quatre clochetons, lesquels, hélas restent vides par raison d'économie.
Les doullennais s'amuseront longtemps des "cinq clochers de St-Pierre,
avec ses 4 sans (cent) cloches".
1790, l'église est fermée et son mobilier confisqué. Elle n'est vendue que
le 28 thermidor de l'an VIII pour 8125 F. En 1864 : elle sera revendue 7000 Frs.
Laissée mutilée par la tourmente révolutionnaire, l'église St-Pierre
subit les destinations de ses propriétaires successifs. Elle est tour à tour
et à la fois grange à récoltes, hangar, remise à tonneaux, atelier de
menuiserie, communs de ferme etc...
En 1912, la réalisation du legs Thélu, prévoit la modernisation de la rue
mal alignée. Sa démolition est facilement décidée, et ce n'est que
l'exigence du propriétaire sur le prix de la transaction qui retarde alors sa
disparition.
En 1921, la commission d'embellissement sacrifie le prestigieux ensemble, et
se borne à sauver simplement les détails apparents.
1924 : Un éboulement provoque quelques mesures de protection, et l'enlèvement
de la couverture du bas côté droit ôte à la vielle église le secret de sa
beauté antique.
Malgré cela, le conseil municipal décide d'acheter l'église pour la
supprimer. Cette décision ne soulève d'abord aucune émotion. Mais les amis du
vieux Doullens réagissent. Le ministre des Beaux arts, saisi d'une réclamation
envoie à Doullens des inspecteurs et des architectes.
Ces derniers après une minutieuse visite, proposent la conservation intégrale.
Grâce à leur rapport, l'église St-Pierre sera classée Monument Historique
le 4 septembre 1924.
Aussitôt, les travaux de consolidation commencent : c'est l'étayage des
colonnes devenues branlantes, la protection de la nef par une couverture de tôle.
La galerie extérieure est recouverte de tuiles. L'église St-Pierre est sauvée.
1955 : Les beaux arts effectuent une nouvelle restauration - Piliers accouplés,
chapiteaux à crochets, arcs souples sont mis en valeur pour donner à l'édifice
un relief de hardiesse et de grâce.
1986 : Beaucoup de doullennais ignorent encore la beauté de cette petite église
malheureusement fermée.
Les idées ne manquent pas pour son utilisation. Le syndicat d'initiative, la
bibliothèque y trouveraient refuge.
Une transformation en centre socioculturel a aussi été évoquée. Comme le
coût des travaux freine tous les projets, pourquoi ne pas organiser des
manifestations musicales ou même commerciales, comme une foire à la brocante,
pour redonner vie à cette oeuvre d'art ?
La Ville
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