Textes de Monsieur André Guerville (Voir
Bibliographie)
L'origine du nom de Doullens a depuis toujours donné lieu
à des interprétations les plus variées. René Debrie dans "Eklitra
1971" et Louis-François Flutre (R.I.O. 1973) donnent le résultat de leurs
recherches.
Une origine latine : les explications qui reposent sur le latin sont
maintenant écartées. Les expressions suivantes : dominicus lacus (un lac dans
la vallée) dulce alendium (douce nourriture) val dolens (vallée des douleurs)
et villa Delens (ville affligée, souffrante) sont considérées comme
fantaisistes.
Une origine germanique est proposée par René Debrie, quand il cite Jules
Herbillon : "Nous sommes tentés de voir en Doullens une forme voisine de
Dolhain, composé de Tal=vallée et Heim=demeure ; ce qui donne au nom de
Dolhain le sens de demeure en la vallée".
Maurice Gysseling y voit un autre germanique Durlandja, de dura (ivraie) +
landa (terre) et il cite les formes anciennes de "Durlenz" (début du
XIIe siècle) "Durlez" (1137) "Durlendo" (1150)
"Dullendio" (1190) et Dollens (1225). Flutre pense que Dourlens a donné
Doullens et adopte le germanique : Dor(e) l-incu, le domaine de Dorellus (ou
Thorellus).
La troisième origine possible est celtique. C'est sans aucun doute la plus
intéressante. Labourt prétend que "Doullens) a été établi sur le bord
d'un lac aujourd'hui disparu. Or le mot lac, ajoute-t-il "se rendait en
celtique, suivant les dialectes, lan, lin ou len. Vallée se disant dol, on a
donc Dol-len, lac de la vallée.
Persuadé de l'existence de ce lac, Labourt poursuit : Doullens a été fondé
à l'endroit où ce lac recevant les eaux de la rivière de Grouches, celle-ci
ouvre une "porte", une issue aux eaux jusque là dormantes du lac. Le
mot "Dorr" signifie coupure et "Liens" rivière comme si
l'Authie bifurquait entre les trois côtés pour les couper en quelque sorte.
Flutre n'accorde aucun crédit à cette explication.
Albert Dauza (dictionnaire étymologique des noms de lieux) rapporte que les
formes anciennes de Doullens sont assez contradictoires : "Donincum"
en 931 et "Dourleng" en 1147 et donne l'explication suivante :
"Doullens vient de "Donnos" homme gaulois et du suffixe "incum".
René Debrie rapporte que tout récemment le chanoine François Falc'hun,
auteur d'un livre sur les noms celtiques, donne cette explication séduisante :
le mot Dol, Dolen, se traduit en français par méandre. Il s'appuie sur la géographie
pour justifier sa thèse.
"... quand une rivière coule en terrain plat, elle n'est guère pressée,
mais elle erre nonchalamment d'un côté à l'autre en décrivant des
boucles". Falc'hun ignorait le détournement de la Grouches, qui a eu lieu
en 1950, mais sa démonstration reste logique et simple. La langue de terre
enserrée dans un méandre de rivières, où la presqu'île s'avance entre un
fleuve et son affluent, existait également avant 1950.
Pour conforter son hypothèse, Falc'hun cite le nom de Douilly dans la Somme,
Dollon dans la Sarthe, Dollendorf en Rhénanie allemande, Dol de Bretagne et
Doulaize dans le Doubs.
Toutes ces villes sont situées au confluent de rivières.
Je partage la conclusion de René Debrie :
"Jusqu'à présent, c'est l'explication de Falc'hun qui nous semble la
plus solide parce qu'elle est donnée en dehors de toute idée préconçue. Nous
pensons en effet avec notre éminent collègue, que les noms de lieux sont
souvent basés sur l'observation simple. Il parait logique que nos ancêtres
n'ont pas été bien loin pour créer leurs désignations : l'état des lieux,
la topographie semble bien être l'élément primordial qui s'est imposé à
leurs yeux et qui a déterminé la naissance de la plupart des noms".