Avec
les artistes du Land Art, la nature n'est plus simplement représentée
mais c'est au cur d'elle-même (in situ) que les créateurs
travaillent. Ils veulent quitter les musées et les galeries
avec leurs jours et heures d'ouverture, leurs tickets d'entrée
et véritablement « sortir des sentiers battus ».
L'uvre doit être non plus une valeur marchande vouée
à une élite mais une véritable expérience
liée au monde réel. Les uvres sont souvent gigantesques,
comme Double Negative de Michael Heizer, où 240 tonnes de
terre sont déplacées dans le désert du Nevada,
ou Spiral Jetty de Robert Smithson, longue jetée de presque
500 m de long au bord du Grand Lac Salé. Outre les productions
des artistes américains, qui forment le cur du mouvement,
il convient de citer la peinture des montagnes du Tibesti par Jean
Verame.
Les
artistes utilisent les matériaux de la nature (bois, terre,
pierres, sable, rocher, etc.) et creusent, déplacent, transportent,
accumulent, griffent, tracent, plantent... Ils introduisent aussi
des produits manufacturés : 400 poteaux d'acier attirant
la foudre dans le désert du Nouveau-Mexique (Walter De Maria,
Lightning Field), 2 700 parasols jaunes ou bleus simultanément
sur la côte californienne et au Japon (Christo et Jeanne-Claude,
The Umbrellas[1]), ou de gigantesques nénuphars de tissu
rose autour des îles de Floride (Christo et Jeanne-Claude,
Surrounded Islands).
Les
artistes travaillent souvent dans des lieux éloignés
et c'est alors que la photo retrouve un rôle essentiel pour
montrer, illustrer, remémorer et financer ces projets. Des
croquis, reportages et vidéos sont présentés
au public et permettent à l'artiste de vivre et de réaliser
d'autres uvres. C'est ainsi que dans les années 1970,
certaines uvres réintègrent les musées
et expositions, d'abord par l'image puis par des installations dans
les espaces intérieurs, comme Ligne d'ardoises de Richard
Long au Centre d'arts plastiques contemporains de Bordeaux (CAPC).
Ainsi cette aventure renouvelle-t-elle la longue tradition du paysage.
Si
les Earthworks sont des altérations durables du paysage,
la plupart des uvres du Land Art relèvent plutôt
de l'art éphémère, vouées à plus
ou moins longue échéance à la disparition sous
l'effet des éléments naturels.